
*La rédaction de TV5Monde a donné la parole à Juliana Amato Lumumba, la candidate de la République démocratique du Congo pour devenir la prochaine secrétaire générale de la francophonie. Le média français donne cette semaine la parole aux candidats à la haute fonction de secrétaire général de la francophonie, l’OIF. Il ou elle sera élu lors du 20ème sommet de la francophonie prévu à Phnom Penh au Cambodge en novembre prochain. Les quatre candidats ont été invités pour des entretiens réalisés dans le même format et dans le respect d’un strict principe d’équité. L’interview de Juliana Amato Lumumba s’est déroulée en duplex de Kinshasa. Elle est interrogée par Mohamed Kaci. Lire ci-dessous, l’intégralité de l’entretien.

*Mohamed Kaci/TV5 Monde: Bonsoir, Juliana Amato Lumumba. Merci beaucoup d’être avec nous. Vous êtes à Kinshasa. Vous avez passé une grande partie de votre jeunesse en Égypte et en Europe. Vous parlez d’ailleurs aussi bien l’arabe que le français. Vous avez étudié à Paris les sciences politiques et sociales. Vous avez été ministre de l’Information et de la Culture en RDC entre 1998 et 2001. Et puis à votre retour au Caire, vous avez été secrétaire générale de l’Union des chambres de commerce africaines. Alors d’abord, un rappel. La République démocratique du Congo compte 51 % de francophones. Sa capitale, Kinshasa, est la ville la plus francophone du monde devant Paris et Abidjan. La première question, elle est simple. Juliana Amato Lumumba, pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidate ?*
*Juliana Amato Lumumba:* Bonjour, M. Mohamed Kaci. Merci de me poser la question. Si je me suis présenté, c’est par rapport à mon parcours, comme vous le dites. Et avant d’être ministre de la Culture, j’ai été journaliste aussi. Et j’ai été secrétaire générale de l’Union africaine des chambres de commerce, d’industrie et de l’agriculture et du métier. Et par ce parcours, j’ai compris que la légitimité d’un secrétaire général, c’est dans l’union, c’est d’être avec le peuple pour le peuple. Et je pensais que c’était intéressant pour cela.
*Selon les projections, en 2050, le français devrait être parlé par 590 millions de personnes, dont 9 sur 10 vivront en Afrique, sur le continent africain, qui pourrait ainsi être le nouveau centre démographique de la francophonie. Que faut-il, selon vous, réaliser pour que cela se produise concrètement et effectivement ?*
Je pense déjà maintenant, nous sommes déjà 396 millions de locuteurs. 65% des locuteurs sont francophones. Et pour moi, la langue française, c’est une langue de culture, d’innovation et de créativité. Et c’est très important. En tout cas en ce qui me concerne, la langue française n’est pas une langue de domination, mais c’est une langue de lien par laquelle nous parlons avec les autres. Mais elle est aussi à côté de nos langues nationales, de nos langues sœurs, qui font partie aussi, qui relèvent la langue française. C’est-à-dire que nos langues sœurs, c’est le lingala, le swahili, le bambara, l’arabe, le créole. C’est une telle diversité culturelle. C’est une telle force culturelle que c’est très important que le français, qui pour moi, est une langue d’enseignement, de savoir, d’innovation et de créativité. Et nous devons créer les outils pour que cela soit encore plus réel, créer déjà des corpus en français. En tout cas, que nos langues aussi, à côté du français, soient traduites dans l’intelligence artificielle. Et cela est évidemment important, parce que quand nous parlons de ces locuteurs, la plupart, la majorité d’entre eux sont jeunes. Ils sont jeunes et c’est la génération Z. C’est la génération du numérique. Alors c’est très important que nous préparions cette jeunesse aux outils du numérique pour avoir un avenir et de l’employabilité.
*Alors justement, le français, c’est la quatrième langue la plus parlée au monde désormais derrière l’anglais, le mandarin et l’espagnol. Ça progresse en termes de nombre de locuteurs, mais en termes d’influence, il y a encore beaucoup de progrès à faire. Justement, vous avez évoqué le numérique. Il est aussi seulement question de la francophonie économique. Qu’est-ce que vous allez proposer, vous, si vous êtes élu, justement pour avancer en matière d’influence, notamment sur le terrain économique et de l’emploi ? On sait qu’une grande partie des Congolais sont très jeunes et ils aspirent notamment à l’emploi.*
Oui, ce n’est pas seulement les Congolais, ce sont tous les jeunes qui se trouvent dans nos grands pays de la francophonie. C’est d’une telle diversité culturelle que c’est très important. Évidemment, le numérique. Il y a quand même cette petite fracture qui existe dans le numérique par rapport à certains pays en Afrique et ailleurs. C’est très important de préparer les jeunes à se former au métier du numérique. Il faudrait qu’on ait un corpus francophone du numérique. Il faut parler de cybersécurité numérique. Et je pense que ce qui serait important aussi, c’est-à-dire le plurilinguisme avec l’intelligence artificielle, non seulement pour la formation des jeunes, qui est très important pour qu’ils aient les métiers de demain. Non seulement pour les jeunes, mais pour les entrepreneurs, pour les femmes et l’éducation aussi. C’est très important au niveau de l’éducation parce que, quand on regarde, ce n’est pas seulement au niveau de la langue, mais c’est la langue la plus enseignée sur les cinq continents, même si elle n’est pas la première. Ça, il faut le dire. En plus, en ce qui concerne l’économie francophone, on se rend compte, d’après l’Observatoire de l’OIF, que 17% du commerce est entre pays francophones. Et par rapport au PIB mondial, nous sommes à 16%. Or, les autres pays sont à 20%. Pour vous dire qu’au niveau économique, nous sommes quand même à un niveau assez intéressant.
En ce qui nous concerne, si les chefs d’État et de gouvernement me font l’honneur de me choisir comme secrétaire générale prochainement, je pense que c’est très important que dans la programmation prochaine quadriennale 2027-2030, la plupart des États membres, parce que je voudrais une francophonie plus unie, plus proche, que les États membres aient une réflexion assez poussée sur les programmations. En ce qui concerne les programmations des thèmes et des thématiques. Et le numérique est important, évidemment, dans ce cas-là.
Et dans le numérique, je pense que cela peut être fait. C’est-à-dire que je propose, pour les quatre ans à venir, un budget de 176 millions sur quatre ans. Et cela consiste à prendre 20 pays pilotes, former 100.000 étudiants, prendre des langues prioritaires, et 30.000 enseignants et formateurs. Tous ces formateurs sont formés pour quoi ? Ce sont des ingénieurs, des créateurs, des enseignants, des créateurs d’intelligence artificielle, des entrepreneurs. Pour qu’il y ait des contenus, tous ces contenus doivent être francophones. Et je pense qu’avec, non seulement au niveau des programmes, mais il faut qu’il y ait aussi, non seulement un suivi, mais une évaluation des programmes pour voir l’impact réel sur les populations. Avec une redevabilité beaucoup plus grande.
*La francophonie numérique, donc, à destination de l’entrepreneuriat, c’est donc un de vos projets phares. Une dernière question. Évidemment, comme à chaque candidat et candidat, quel est votre mot préféré dans la langue française ?*
Mon mot préféré dans la langue française, c’est solidarité.
*Solidarité. Et on a compris que c’était une thématique qui vous tenait à cœur dans votre campagne électorale. Merci beaucoup, Juliana Amato Lumumba, d’avoir répondu à nos questions sur TV5 Monde, donc dans le cadre de cette campagne, en vue de l’élection au poste de secrétaire général de la francophonie, qui, on le rappelle, aura lieu au sommet de Phnom Penh, au Cambodge, au mois de novembre. Merci à vous.
Sankuru Médias/TV5MONDE