
L’appel à la prise de conscience lancé par le musicien Pena Djamba, d’heureuse mémoire, dans sa célèbre chanson *« Anyanya w’anayanya »* va-t-il finalement trouver un écho favorable dans le Sankuru ? On peut le penser au regard de ce qui se passe aujourd’hui dans le village Lushimapenge, Groupement Ngombe, Secteur Ngando Pakema, Territoire de Katako-Kombe.
Dans ce village situé à environ 50 kilomètres de Tshumbe Sainte-Marie, à une trentaine de kilomètres de Onaluwa, le village d’origine du Héros national Patrice Emery Lumumba et à 10 kilomètres de la rivière Lomami, les fils et filles du Sankuru sont entrain d’écrire une nouvelle page de l’histoire de leur Province.
Une histoire bien différente de celle qui s’écrit depuis l’ouverture du processus démocratique en 2006 dans le chef-lieu de la Province à Lusambo où des politiciens avides de pouvoir ont bloqué toute initiative, voire tout espoir de développement à cause de leurs luttes mesquines, fratricides et partisanes pour le pouvoir. Au point qu’à ce jour, le Sankuru, Province située au cœur de la RDC, est la plus arriérée de la République, ne disposant ni des bureaux pour le Gouvernorat et l’Assemblée Provinciale, ni même des véhicules pour les autorités provinciales, comme l’a constaté, il y a peu, un Ministre national du Développement Rural en itinérance dans cette partie du pays où il avait dû « emprunter » des véhicules de l’Unicef et des églises pour ses déplacements.
C’est dans ce contexte de désespoir généralisé que ce qui se trame dans ce village de Lushimapenge va bientôt surprendre agréablement tout Sankurois de bonne foi.
C’est tellement énorme que des personnes mal informées et/ou de mauvaise foi tentent déjà malencontreusement de médire sur le projet. De quoi s’agit-il ?
Un chantier pharaonique

Il s’agit de la construction d’une bâtisse jamais érigée par des Congolais, fils du terroir, au Sankuru ni avant et ni après l’indépendance.
Un bâtiment qui est entrain d’être érigé sur fonds propres des ressortissants de ce village, sous la coordination d’un des leurs basé en Belgique depuis 1990.
Ce bâtiment qui est déjà au stade de finition, constitue la plus grande œuvre humaine jamais réalisée au Sankuru par des originaires de cette province, non pas pour le compte de l’État ou d’une Église mais par eux-mêmes et pour eux-mêmes.
Il s’agit en fait d’un Guest-house ultra moderne qui n’existe nulle part ailleurs au Sankuru.
Dans son stade final, l’immeuble bâti sur le modèle du bâtiment A de l’Emmaüs au siège du diocèse à Tshumbe Sainte-Marie, sera composé de quatre bâtiments dont les premiers comprendront chacun quatre chambres avec toutes les commodités possibles : douche, toilette, placard, bureau, etc.
Le troisième bâtiment hébergera un living, un réfectoire, une cuisine, un magasin, des toilettes pour les visiteurs, etc.
Le quatrième bâtiment comprendra enfin une salle polyvalente destinée à divers usages à l’abri des intempéries : mariages, organisation des deuils, réunions et assemblées diverses, projections films et vidéos, etc.
Genèse du projet
L’histoire de la prise de conscience des habitants du village de Loshimapenge remonte à bien longtemps comme pour chacun d’entre nous.
Cependant, on peut considérer comme le déclic qui a tout déclenché, la campagne menée par l’ancien évêque de Tshumbe, Monseigneur émérite Nicolas Djomo Lola, auprès de ses ouilles en Europe en vue de récolter les 2.500 USD requis pour payer les rédacteurs des manuels scolaires en Otetela en vue de sauvegarder l’usage de cette langue dans l’enseignement fondamental en pays tetela.
Plaque tournante
Après la réussite de cette opération par les Sankurois de la Diaspora occidentale, les ressortissants de Loshimapenge, réunis autour d’un des leurs, Marc Okoko, qui vit en Belgique depuis 1990 mais aujourd’hui retraité, vont continuer à organiser des quêtes pour réhabiliter les écoles et autres centres de santé de leur enfance.
Par la suite, les conditions de vie et d’hébergement déplorables que tous ont rencontrées lors de leurs différentes visites dans leur village d’origine, les conduiront à se mettre ensemble pour chercher à réaliser une œuvre commune, une demeure moderne qui est sortie comme de nulle part aujourd’hui dans le village de Loshimapenge.
Une œuvre gigantesque et admirable qui n’existe dans aucune ville ni grand centre du Sankuru.
Le grand architecte de cette construction pharaonique, Marc Okoko, raconte avec une fierté non feinte, tous les efforts déployés, d’abord pour mobiliser les gens, ensuite pour organiser le travail, trouver le matériel, minimiser les erreurs, etc.
Un travail de longue haleine
Il n’a pas en effet été facile de mobiliser les gens aussi bien en Occident, en Afrique, au Congo et au pays afin de démarrer le projet. Marc Okoko qui a toujours préféré parler en terme fédérateur de « nous » et de « notre » projet plutôt qu’en termes de « je » et de « mon » projet a pourtant réussi la performance de fédérer ses frères et sœurs autour de ce projet.
« Chacun apporte selon ses moyens », renseigne-t-il, signalant au passage qu’au village par exemple, « il y a des gens qui contribuent de diverses manières, pas nécessairement en numéraires : nourrir les travailleurs, transporter et garder les matériels et les ouvrages, … ».
Il ne reste pas moins vrai que le projet englouti des centaines des milliers de dollars. « Au stade final, pas moins de 150.000 dollars auront été utilisés », affirme Marc Okoko qui tient la comptabilité de l’avancement des travaux au jour le jour.
Des outillages efficaces mais coûteux
Au Sankuru, Province « enclavée » au centre de la RDC, le ciment, plus que partout ailleurs, est une équation difficile à résoudre pour la construction.
Et, effectivement le problème du ciment a constitué un véritable casse-tête pour Marc Okoko et ses compagnons.
Qui étaient partagés entre, d’un côté, la tentation d’achêter le ciment à bas prix à Kinshasa et le convoyer, avec tous les risques concernant les livraisons tardives, les avaries des cales des bateaux et les intempéries sans oublier les problèmes administratifs notamment les taxes et autres arrestations fantaisistes et, de l’autre côté, se procurer du ciment au prix fort sur place à Tshumbe et disposer immédiatement de cette denrée rare mais de bonne qualité.
C’est la deuxième option qui fût adoptée. Encore fallait-il faire plusieurs rotations avec deux véhicules pour acheminer le ciment de Tshumbe à Lushimapenge sur la distance de 50 kilomètres séparant ces deux entités.
Chaque rotation coûte 200 USD pour le Pick up et 500 USD pour le gros camion.
Enfin, l’eau arrive à Lushimapenge !
C’est presque paradoxal et anormal, dans une entité située à environ dix kilomètres de la grande rivière Lomami et baignée par d’innombrables cours d’eau et ruisseaux, de voir la population se réjouir de l’installation au village de deux petits robinets même s’ils injectent de l’eau à volonté à longueur de la journée.
C’est que cette population comprend très bien que l’eau de forage est une propre à la consommation ; c’est une eau bien différente de celle puisée dans des ruisseaux qui, parfois, charrient toutes sortes de bactéries à la base de certaines maladies.
Une fois de plus, le mérite en revient à l’équipe de Mac Okoko qui, bien qu’estimant le forage d’eau indispensable pour le guest-house, a jugé plus salutaire pour l’ensemble de la population, de placer ce premier puits d’eau au milieu du village pour qu’il profite à tous, plutôt qu’à côté de l’immeuble qui a nécessité ledit forage.
Parallèlement à d’autres ouvrages du genre réalisés dont le coût s’est élevé à 17.500 USD, celui de Lushimapenge n’a coûté environ que 16.000 USD. Cela s’explique, selon Marc Okoko par leur souci de minimiser les couts en évitant certaines garnitures onéreuses.
Et maintenant ?
Au moment nous mettons cet article en ligne, l’immeuble a atteint les travaux de finition. On ne peut cependant se hasarder à avancer la date de la fin des travaux tellement il y a encore beaucoup à faire, et cela nécessite une mobilisation accrue des fonds ; il faut par exemple beaucoup de ciment pour les travaux de finition qui en consomment énormément.
Le plus dur est fait et les initiateurs n’envisagent en aucune façon de ne pas faire aboutir ce projet historique et qui, on l’espère, va réveiller tous les Sankurois.
Lushimapenge apporte aujourd’hui la preuve que l’on peut bien servir le Sankuru, sans être ni député ni ministre, mais surtout, sans tripoter avec les fonds de l’Etat. Chandelle !
SM/