
L‘inhumation le samedi 07 février à Lodja, Province du Sankuru (centre de la République démocratique Congo), du pasteur américain et grand acteur du développement local, Paul Law, devrait interpeller au plus haut point les élites du Sankuru en particulier et de la RDC en général.
Décédé à l’âge de 79 ans le vendredi 06 juin à Lodja des suites d’une crise cardiaque, ce missionnaire américain, lui-même fils des missionnaires presbytériens, a été inhumé le lendemain sur place, sa famille ayant scrupuleusement exécuté sa volonté dans ce sens mantes fois répétée.
Point donc étonnant que de mémoire d’homme, on n’a jamais connu, à une inhumation à Lodja, une affluence semblable à celle de cet américain qui était connu partout au Sankuru et parlait le tetela sans le moindre accent.
Pendant ce temps, ils sont rares, extrêmement rares, les élites locales qui se font inhumer au Sankuru après leurs décès, même quand ils y trouveraient la mort.
D’aucuns pourraient évoquer le coût élevé des transferts des dépouilles vers les terroirs pour justifier le fait que l’on préfère procéder à des inhumations dans la capitale.
En réalité, cet argument ne se justifierait que dans une infime minorité des cas. Car, comment expliquer alors que l’on assiste souvent à des cas ahurissants où les familles se mobilisent et dépensent des sommes astronomiques pour ramener les corps de leurs membres décédés en provinces afin de venir les inhumer dans des cimetières « dignes » de leur rang dans la capitale ?
En outre, on assiste également à des cas plus inattendus où des dépouilles des élites congolaises décédées au Congo sont « réexportées » pour être inhumées dans leurs pays d’adoption.
C’est souvent ici le fait de certains enfants qui, ayant pris goût aux plaisirs âcres et à toutes les facilités qu’offre l’Occident, se soucient très peu de voir la « terre douce des ancêtres » recouvrir les tombes de leurs parents.
Conséquences : hormis quelques activités de faire-valoir, on voit très peu d’investissements solides des élites du Sankuru dans leur terroir d’origine. Et pour la plupart, leurs enfants n’y vont et n’y investissent presque jamais.
Paul Law par contre, lui qui n’est pas tetela « de père et de mère », vient de donner le bon exemple à suivre à ces leaders qui disent tous aimer le Sankuru mais qui n’y gardent ni leurs tombes ni leurs richesses ou investissements les plus précieux.
Si, demain, les électeurs conditionnaient le vote par le fait de disposer dans son terroir d’un cimetière où sont inhumés ses parents ou ses très proches parents décédés au cours des dernières années, beaucoup d’élus actuels au Sankuru ne s’en sortiraient pas.
SM/ACP